Le passage éclair de Samuel Cogolati (Ecolo) à la Commission Trilatérale


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Nicolas Gobiet, avec Clémence Giroulle et Lauréane Barbier

Samuel Cogolati (Ecolo) a rejoint la Trilatérale par l'intermédiaire de l'homme d'affaires Thomas Leysen. | ©️ Wikimedia Commons

Fin 2023, l'écologiste a rejoint le club très select des «David Rockefeller Fellows» de la Commission Trilatérale, une organisation privée, située plutôt à droite de l'échiquier politique. Le Hutois affirme avoir quitté l'association fin août.

Les gratins économique, académique et politique s’y croisent une fois par an. Costume trois-pièces de circonstance, les membres discourent sur la politique monétaire, le conflit au Moyen-Orient ou s’échangent plus simplement leur numéro de téléphone. Nous sommes fin juin, au cœur de Bruxelles, lors de la réunion annuelle de la Commission trilatérale. Ce prestigieux cercle international, créé en 1973 par le magnat des affaires David Rockfeller, met en relation des chefs d’entreprises influents, des politiciens de haut vol et des universitaires venus d’Asie, des États-Unis ou d’Europe.

Cette année, le Global Meeting prenait ses quartiers au cœur de la capitale belge, dans un luxueux hôtel logé sur l’Avenue Louise. Au menu, des centaines de convives triés sur le volet et une multitude de conférences. Au travers des chics couloirs, le visage poupin de l’écologiste francophone Samuel Cogolati se dessine. Le Hutois a discrètement intégré cet été l’organisation, pourtant réputée pour sa vigoureuse défense du néolibéralisme et de la mondialisation. “Je trouvais intéressant d’introduire de nouveaux regards au sein de cette Commission autrefois monopolisée par le grand capitalisme”, justifie-t-il.

Une arrivée un brin discrète

Son arrivée? Elle s’est déroulée à pas feutrés: pas de communication officielle et encore moins de bruyantes publicités sur les réseaux. C’est l’Anversois Thomas Leysen qui l’introduit au sein du groupe. Fin 2023, l’homme d’affaires à l’interminable CV (anciennement à la tête de la FEB et de la KBC, actuel président d’Umicore et du groupe de presse flamand Mediahuis) suggère en effet à Samuel Cogolati, alors député à la Chambre, de rejoindre les rangs des David Rockefeller Fellows (DRF). “À ce moment-là, je ne connaissais pas du tout l’organisation”, reconnaît le Vert.

Les DRF constituent une catégorie à part entière au sein de la Commission : souvent plus jeunes, ces membres sont admis pour une durée de trois ans seulement. Avant lui, Thomas Dermine (PS) et la très libérale Alexia Bertrand (Open VLD) ont par exemple porté ce titre.

À l’opposé de “l’écologie populaire” ?

Cette incursion estivale, passée sous les radars médiatiques, étonne à plus d’un titre. Les valeurs prônées par la Trilatérale semblent en effet à mille lieues de “l’écologie populaire dont Cogolati entend devenir le porte-voix. Un coup d’œil expéditif à la liste des adhérents suffit à s’en convaincre. Au rayon des affiliés, on recense notamment l’ancienne directrice générale de Boeing Leanne Caret, le CEO de Hess Corporation (une entreprise pétrolière américaine), des représentants de Mitsubishi, mais aussi le vice-président du groupe chinois Alibaba, Eric Pelletier.

Une délicate contradiction pour l’ancien parlementaire, farouche opposant de Pékin ? “ Je ne savais pas qu’un dirigeant d’Alibaba en faisait partie, vous me l’apprenez… Il n’était pas présent à Bruxelles sinon j’aurais eu à cœur de lui dire ce que je pense” , indique Samuel Cogolati. Il poursuit : “ Mon rôle comme politique reste de parler et de défendre nos combats écologistes avec tout le monde, des activistes climatiques d’Extinction Rebellion aux gouverneurs de banques centrales et patrons de multinationales. Je viens d’une petite ville wallonne et je n’ai pas souvent l’occasion de côtoyer ces derniers”.

Un départ plutôt rapide

La débâcle électorale du 9 juin sonnera le glas de cet éphémère passage à la Trilatérale. En juillet, Samuel Cogolati et Marie Lecocq reprennent le flambeau de Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane à la tête du parti. Le nouveau patron des Verts choisit alors de quitter la Commission. “ Étant élu à la présidence, je me devais de représenter l’ensemble du mouvement. Je ne voulais pas rester dans d’autres organisations car il me semblait indispensable de rester impartial. Je n’aurai finalement participé qu’à 3 jours de réunions à Bruxelles” , explique-t-il d’un ton assuré. Le 20 août, Samuel Cogolati annonce par courrier son départ de la Commission. À l’heure d’écrire ces lignes, le coprésident d’Écolo n’a toujours pas reçu une attestation officielle actant son retrait du cénacle international.

Nicolas Gobiet, avec Clémence Giroulle et Lauréane Barbier (Imp4ct)

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